Les Traînées somnambules
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Des miettes de croissants froids
Sommeillent dans les draps défaits
Et sur la table de chevet,
L’aurore effrite entre ses doigts
Le dernier pétale asséché
D’une rose et d’un souvenir.
Au dessus, un cadre penché
Commence déjà à jaunir ;
Vide, il n’encadre qu’un mur sale
Comme sale est la tasse à thé
Ombrée en son bord d’un baiser.
La triste rousseur automnale
Mouchète la salle de bain,
Les armoires sont presque vides,
Les miroirs oublient les dessins
Des cœurs tracés dans l’air humide
Et dans le bocal à poissons
Ne reste qu’une brosse à dents
Et tous les parfums obsédants
Comme des crochets d’hameçons.
Le salon tombe sous l’horloge,
La grande horloge détraquée,
Là, où la mémoire se loge
Et complètement paniquée
Saigne sous les coups des pendules.
Le temps tue l’amour dans sa paume
Mais aime laisser son fantôme
Dans les crânes en somnambule.
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03 octobre 2009. 13h09.
Un mouchoir blanc étrangle mon cœur
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Je regardais de ma fenêtre
Passer les trains,
Et je me disais que peut-être
Tout mon chagrin
Pourrait partir et disparaître,
Comme ces trains.
Les quais m’ont toujours paru gris,
Plein d’une brume
Dévorant l’être tant chéri ;
Mais cette brume
Vient peut-être d’un cœur meurtri
Qui se consume.
Ah … Elle est bien loin maintenant,
Comme mes rêves
Où des plumées de mouchoirs blancs
Toujours s’élèvent
Quand le train blesse les amants ;
Rien que des rêves …
Un rêve idiot et douloureux.
J’aurais traîné
Les mouchoirs sur les rails boueux,
L’aurais brûlé
Avec tous les souvenirs heureux
Alors fanés.
Je regardais de ma fenêtre
Passer les trains
Et je me disais que peut-être
Tout mon chagrin
Pourrait partir et disparaître,
Comme ces trains.
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30 septembre 2009. 15h25.
Terre de rubis ou Gâteau moelleux au chocolat incrusté de groseilles
Les buissons de ma grand-mère croulent sous le poids des groseilles en ce joli mois de juillet. Alors, n’écoutant que mon courage et ma grande bonté, je me suis lancé à l’assaut de ces fruits rouges ; j’étais prêt à tout pour soulager les branches opprimées de leurs lourds fardeaux. Des grammes et des kilos de baies furent faits prisonnières et attendirent tremblantes mon terrible verdict. Que faire d’elles ? Les manger pardi ! Restait à trouver le châtiment adéquat … Terre de Rubis, un gâteau créé spécialement pour l’occasion.
Ingrédients :
4 œufs
210gr de sucre
1 paquet de sucre vanillé
210gr de beurre mou
120-150gr de chocolat noir
210gr de farine
1grosse cuiller à café de backing
350gr (ou plus) de groseilles
Préparation :
Casser les œufs, séparer les blancs des jaunes. Blanchir les jaunes avec les sucres. Y ajouter le beurre mou puis, après avoir bien mélangé, le chocolat fondu. Verser la farine et mélanger jusqu’à obtenir un mélange homogène. Battre les blancs en neige. Fariner légèrement les groseilles (cela évitera qu’elles ne tombent dans le fond du moule lors de la cuisson). Terminer en incorporant délicatement les blancs d’œufs à la préparation et les groseilles (ne pas touiller comme une brute, les blancs d’œufs retomberaient et les groseilles éclateraient !).
Verser la pâte dans un moule et cuire pendant 35 minutes à 180°C puis 15 minutes à 200°C.
Au final, on obtient un gâteau moelleux où l’acidité des groseilles est contrebalancée par le côté amer et sucré du chocolat.
Il courait avec des ciseaux
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Il courait avec des ciseaux
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___Il courait avec des ciseaux ; il était fou et pieds nus dans la neige. Ses chaussures avaient été mangées par la pierre, il ne lui restait qu’un lacet noué à l’orteil. Autour de lui, tout était blanc, mais il n’avait pas froid ; il regardait le ciel et pensait aux étoiles, des flammes rebelles qui avaient quitté leurs chandelles. Ou plutôt, une étoile. La grande à l’éclat vert des yeux de chat. C’était celle-là qu’il lui fallait.
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___ Il avait couru avec des ciseaux. Il avait guetté la chute du soleil, sa dernière éclaboussure orangée sur les draps violets d’une nuit nouvelle et puis, il s’était élancé. La montagne était très haute. Parfait, c’est ce qu’il lui fallait : une échelle vers le ciel. Dans les bas pâturages, il avait entendu les moutons, les moutons trop blancs qui hantent nos rêves. Il avait couru plus vite, il connaissait le péril de ces êtres attirant le sommeil. Non, il ne fallait pas dormir ! Courir. Courir toujours vers cette étoile smaragdine qui clignerait sous les longs cils de son Amour.
___La forêt était une immense bestiole qu’il détestait. Les ramées vert sombre se rassemblaient en une sinistre voûte qui se soulevait au passage du vent. Il soufflait contre vous, poussait vos genoux à craquer et se retourner, à courir vers la vallée. Ces arbres formaient les côtes d’un squelette moussu. Mais il devait continuer. Il marchait avec des ciseaux contre le vent. Alors celui-ci, constatant son échec s’était arrêté et les frondaisons effondrées. Les branches lui striaient les joues, les bras, et les insectes, sautant des feuilles, lui suçaient sa sève rouge, bouffaient sa peau. Brusquement, le vent s’était remis à souffler, à l’envers cette fois. Les branchages remontèrent tandis qu’il était plaqué au sol. Qu’importe, il ramperait avec des ciseaux. La colère des vents était grande contre cet opposant. L’Autan et le Mistral s’étaient unis. Ils soufflaient, crachaient. Bientôt ce fut une forêt morte et dénudée puis, plus de forêt. Et les vents moururent avec elle. Il courait avec des ciseaux.
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___ C’était la neige à présent, la neige partout. Et dans le ciel, rien que son étoile. Bien avant lui, son père avait volé la Lune aux lacs incas. Il courait avec une canne à pêche. Sur la plus haute montagne péruvienne, le lac gelé de la Rose abreuvait chaque soir la Lune ; un fugace et timide baiser à notre Terre. C’était le seul endroit au monde où l’Astre des nuits rosissait. Et la rosée était un adieu, un pleur éternellement recommencé. Le père s’était assis avec une canne à pêche, sur un bout de granit noir, l’hameçon sur les glaces roses. Et la Lune était venue, insouciante, poser son timide baiser sur la joue émue de la Terre. Et la Lune était venue, insouciante, percer ses lèvres d’un hameçon rouillé. Le père était fort. On vit des jours aux ciels vairons, or et argent, aux ciels bigleux ; l’œil d’or tournait. Alors, lasse de brûler chaque jour, la Lune se laissa mouliner par le Père et tomba dans les yeux de sa fiancée.
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___Aujourd’hui, leur fils partait découper l’étoile verte et sceller ses fiançailles. Il était au sommet avec des ciseaux, sur la pointe des pieds, le bras tendu et tremblant ; un faible éclat rouge couvrait le tranchant des ciseaux. Du sang ? Non, le Soleil se levait. Il fallait faire vite, le Jour de ses longs doigts de paille rangeait les étoiles. Il creva le ciel et l’étoile apeurée miaula.
___Les souvenirs ont toujours voyagé dans le ciel pour tomber de plus haut dans le cœur des hommes. Cela fait plus mal. Et quand ils repartent, ils donnent un dernier coup de griffe avant de s’envoler à nouveau tout en haut du monde. Parfois, ils tardent à revenir ; l’oubli aussi fait mal. Ils restent alors perchés sur les rayons des astres, croassant aux poètes d’âcres complaintes. Voilà pourquoi ces poètes parlent au ciel ! Le Soleil baignait de souvenir, il se rappelait tout : le père, la Lune ; et sa fureur explosa.
___Il grossit, grossit, faisant fi de l’aube et de l’aurore. Jamais il n’avait été aussi gros ; les déserts n’avaient vu qu’une étincelle. Toute la neige de la montagne fondit. Les ciseaux plièrent et pendaient comme des fleurs fanées. Il faisait si chaud, si chaud que les étoiles dégoulinèrent sur le tableau bleu vif du ciel. Elles pendouillaient à un filament de peinture sirupeux, déformées, pareilles aux filets de lave. Sa belle étoile smaragdine gouttait, molle, et d’un rayon tranchant, le Soleil coupa son dernier fil. Elle tomba. Les autres aussi. Ce fut une pluie d’étoiles filantes sur la toile du ciel flasque et bleu.
___Lui, il était assis avec des ciseaux mous. Célibataire.
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20h51. Samedi, 11 juillet 2009.
Ni d’Eve ni d’Adam, Amélie Nothomb
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Ni d’Eve ni d’Adam est le seizième roman d’Amélie Nothomb, écrivain belge, paru en août 2007.
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Ni d’Eve ni d’Adam nous narre la « romance » qu’eut Amélie Nothomb avec un jeune Tokyoïte de bonne famille durant sa vie au Japon.
Un livre qui se lit vite et facilement, sans doute un peu trop. Ses mots restent fades et plats, ils ne parviennent pas à transporter l’extase, l’euphorie qu’elle ressent devant le Mont Fuji ; aucun sentiment ne transpire de ses phrases. Alors, on s’ennuie parfois, surtout lors de descriptions. Que valent celles-ci, si le style ne contient ni beauté ni émotion ?
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Les dialogues se révèlent quelquefois drôles. La rencontre des deux cultures – occidentales et nipponnes – apporte en effet son lot de quiproquos, situations cocasses et autres.
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En conclusion, le livre se serait révélé intéressant s’il eût été mieux travaillé pour qu’on ne s’ennuie pas en dehors des dialogues où s’entrechoquent les cultures.
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Entendez-vous…
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Entendez-vous ma Belle
Le violon pleurer ?
C’est moi qui vous appelle
Sous l’archet acéré.
Il crisse sur mes tripes,
Râpe parfois mon cœur
Et c’est d’entre mes lippes
Qu’émerge sa langueur.
Entendez-vous ma Belle
Le violon pleurer ?
C’est ma voix qui s’emmêle,
Je n’ose vous parler.
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23h23. Mercredi 17 juin 2009.
Des Fraises dans les yeux
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____Je me souviens d’une après-midi où j’étais le plus riche des hommes. Je possédais des fraises et bientôt, toute sa tendresse.
____C’était dans une toute petite pièce blanche ; elle s’était approchée. Les fraises donnaient des éclats violets à son regard. Il tremblait dans ses yeux avides les lueurs d’une convoitise ; sa bouche, pleine d’un grand vide, guettait la moindre gourmandise. Elle s’était approchée. Les prunelles frémissantes, la lèvre tremblante, elle s’était approchée. Ô comment résister à ces agates bleues qui vous supplient comme le chant des chats sous la pluie ? Comment ? Elles se briseraient si je refusais …
____Mais les vapeurs fraisées m’étourdissaient également. Ma langue pétillait déjà, plus rouge du sang que le rêve attirait. Et j’ai croqué une fraise et elle s’est approchée. Elle s’est approchée, encore, toujours plus. Son odeur enrobait les vapeurs fraisées ; c’était un nouveau fruit. Plus fruité, plus sucré encore ! Il était rouge aussi, mais comme une grenade. Ça sentait le rêve. Et elle s’est approchée, une dernière fois. J’étais perdu, étourdi. Elle s’est penchée. La petite pièce blanche est devenue paradis.
____Elle m’avait embrassé.
____Je parle des vrais bisous ! Pas des joues qui se frottent. Elle avait posé ses lèvres contre ma joue, et dans le bruit indescriptible des lèvres qui se plissent et puis s’en retournent, dans ce bruit qui manque aux baisers continus des poissons, dans ce bruit, mes neurones ont explosé. Elle a recommencé, un autre baiser, à gauche. Puis à droite, encore une fois. Ma tête fondait comme sous le joug de l’alcool. J’étais sa proie, elle avait le don de la séduction. Alors, vaincu, comblé, je lui ai offert mes fraises.
____Un jour, j’aurai des fraises dans mes yeux. Et elle me sucrera, elle me croquera ! Mes joues colleront de larmes sucrées. Alors, quand elle voudra d’une caresse apaiser tout le flot de mes tristesses, sa main restera contre ma joue. Et je pleurerai, encore et encore, pour que jamais elle ne me quitte.
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18h08. Mardi 02 juin 2009
Coup de Foudre
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____Les oiseaux gazouillaient plus fort, et il y avait moins de fleurs qui s’élevaient dans la prairie.
____Depuis le coucher de l’aurore, elles pendaient lamentablement, léchant l’herbe sèche à la recherche d’un peu de rosée. Les oiseaux volaient bas, rasaient le sol craquelé. En fait, ils rampaient, leurs ailes battant la poussière. Et le gazouillement du matin n’était que le chant de l’exil.
____Le ciel, toujours plus bleu, toujours plus moutonneux, pesait d’une inquiétante sérénité. Il semblait descendre et nous écraser comme les boucliers des antiques légions ; les cimes semblaient fanées et prendre le saule en compassion. Jusqu’à mes paupières qui s’étaient refermées dans l’espérance que les rêves humides éclosent, éclatent dans ma tête et changent le sang en limonade fraîche.
____Je voyais le ciel, toujours plus lourd des vents retenus derrière sa toile, tomber, calme et massif, sur les tours, sur les croix effilées des clochers.
____Alors, tandis que la grande aiguille tremblait, la membrane trop lisse du ciel se plissait, laissait apparaître une ride plastique pareille à la peau grinçante des baudruches.
____L’aiguille vacillait.
__________Le monde aussi, enfin, Malmedy.
__________________Le temps se suspendait dans la tension de ce calme impossible, ________dans cet instant où la folle Espérance côtoie la Réalité.
_____Et la grande horloge vibra quatre heures, et le carillon carillonna accompagné du tonnerre qui tonna douze coups.
____Le théâtre commençait …
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____Ce fut d’abord une brise légère, poussant le ciel, agrandissant la déchirure. Entre les pans en lambeaux d’un bleu sombre, on pouvait apercevoir des boules d’acier difformes se précipiter sur les toits du clocher et s’étendre sur tout l’horizon.
____Le soleil, derrière des barreaux déchiquetés, se compressait dans une triste prison. Et ces barreaux aux milles pointes acérées perçaient ses flancs dans un flot de sang doré. Il fondait en lances de feux aux échardes d’étincelles, violentes et fracassantes.
____La lune, sans cesse cachée le jour, s’était coulée sur les nuages et quand le vent d’un coup de griffe écharpait cette robe mate, des éclats argentés emmêlés à la pluie d’or consolaient un temps le regard asséché.
____Les cerisiers sursautaient à chaque retentissement du tonnerre et l’accompagnaient du tremblement de leurs branchages ; dans un long craquement monotone, les vieux hêtres du parvis bombaient leur écorce rouillée – ils n’en étaient pas à leur premier orage, ces frondeurs ! – ; les fleurs du magnolia, fébriles, frissonnaient et dans le balancement apeuré des rameaux, elles se frottaient en doux friselis. Mais tout cela, tout cela m’était sourd. Je ne guettais que le bruit éphémère de cet éclatement de lumière, je ne guettais que le tonnerre et pas le chant des arbres.
____La pluie s’amusait à effeuiller les cerisiers. Les gouttes arrachaient brutalement des poignées de pétales, des robes déchirées. Les « Je t’aime, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie ! » tombaient en une unique secousse, tandis que les « pas du tout » s’acharnaient à rester. Les gouttes formaient alors une loupe qui grossissait le désespoir amoureux. Les rigoles formaient de petites rivières roses que parsemait ci-et-là une voilure blanche de magnolia, de frêles esquifs embarqués dans la tempête. Mais tout cela, tout cela m’était aveugle. Je ne guettais que l’éclat éphémère du regard dévoilé sous l’éclair, je ne guettais que le bleu des yeux des demoiselles, ce bleu même que le ciel m’interdisait.
____Entre les arbres et le caniveau, il y avait moi, le corps détrempé, parsemé de quelques pétales chiffonnés.
____Entre les arbres et le caniveau, il y avait elle, le corps détrempé, parsemé de quelques pétales chiffonnés.
____Et il aura suffit d’un coup de foudre pour qu’une écharde enflammée vienne se planter dans ses yeux et qu’éclosent deux roses bleues.
____Mais je ne sais ce qu’elle vit dans les miens …
______________________________________… et elle est partie.
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23h21. Mardi, 26 mai 2009.
Inspiré par l’orage de lundi.
Bleu
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____J’ai volé les yeux d’un enfant – qu’importe, il était mort – pour sucrer mes yeux du printemps. Je voulais revoir les papillons, le cerf-volant et la fourmi aux rêves de ciel et d’avions. Je voulais revoir tout en grand, avoir des fleurs comme mes mains. Je voulais revoir l’éléphant, puis l’ours, le chat et le dauphin danser sur le fleuve du ciel ! Je voulais tout, tout retrouver.
Mais les yeux de l’enfant étaient secs
____Comme son cadavre
Mais les yeux de l’enfant étaient sel
____Reste de larmes
____Alors je les ai jetés. Je les ai jetés dans le ruisseau près de chez moi et je les ai vus rouler comme deux billes de pierre. Longtemps. Ils étaient lourds. Et quand enfin les égouts les ont engloutis, j’avais le regard tant délavé des larmes du ruisseau que mes yeux étaient devenus translucides. On voyait dans mes orbites goutter des stalactites. On voyait des pics de glace percer mes paupières. On voyait un trou noir et béant, et toutes les couleurs du rêve évanouies.
____J’avais froid.
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_______________J’étais noir.
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J’étais seul.
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____Alors j’ai marché. J’ai marché dans les déserts de sable, de sel et de solitude. Un désert froid de poussières grises, de ciel gris, sans horizon. Un désert d’aile de papillon de nuit, sans lune, sans étoile. Un papillon épinglé sur un bloc de glace sale.
____Je marchais le regard au sol, je marchais parce qu’on m’y obligeait, je marchais sans marcher. Et je suis tombé.
____J’étais allongé, je ne voulais plus me relever. Mais mes orbites se sont noyées de bleu. Le noir s’est condensé. Deux points. Deux pupilles et une explosion irisée : les couleurs du rêve revenues.
____Alors je me suis levé, épousseté – je voulais être beau – et dans le craquètement des vertèbres, j’ai relevé la tête. Tout mon corps craquait comme un feu d’artifice. J’ai vu les pieds, le corps et plus haut le cou – j’avais foncé dans une demoiselle – les yeux … les yeux bleus, mais bleu est un mot si banal. J’ai vu ses yeux papillons, j’ai vu ses yeux sucrés, j’ai vu ses yeux d’un monde immense, j’ai vu les dauphins sous les lagons, j’ai vu la danse des nuages s’y refléter, j’ai cueilli un myosotis géant …
____Je voulais ses yeux. Je voulais tout, tout retrouver. Mais comme un ciel n’est bleu sans son soleil, ses yeux ne sont bleus sans elle.
____Je ne pouvais les lui voler. Alors, j’ai mangé les miroirs, les miroirs que j’avais brisés,
____Et dans mes yeux, ses yeux.
____Et l’insouciance retrouvée …
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03 avril 2009
Nouvelle Muse
